11 décembre 2007

Confortable, le lit de Brune

           « Confortable, le lit de Brune » car l’accès Internet de ma chambre étant pour l’heure occupé par Ralph, je me dois de vous écrire, assis sur la couche de notre cousine, de votre fille, de votre nièce, de ta filleule, de ta petite-fille, de votre amie, de notre concitoyenne… 

Brune, Pierre et moi nous étions donc séparés le temps d’une demi-journée afin d’explorer nos facs communes. Avec mon stéphanois de frère aîné, nous nous rendrions donc ce matin-là à l’université Roma 01, dite « La Sapienza ».

« Ne pas prévoir, c’est déjà gémir » (Léonard de Vinci), m’avait répété dès l’enfance mon cher Papa. J’avais donc planifié au millimètre et à la seconde mon arrivée à la fac’, en m’armant d’un plan Mappy centré sur l’adresse du bureau Erasmus (fier). Je l’avais même mis dans une pochette rouge (fier), au cas où j'arriverais dans un univers aussi maoïste que celui de Paris-X Nanterre. Tout cela afin de gagner le temps précieux qui me permettrait plus tard de faire mes comptes (fier) (fier) et de trier mes tickets de caisse. (je dissimulais d’ailleurs en mon for intérieur le secret espoir d’avoir éventuellement le temps de les classer à l’aide de petites gommettes de couleur) (passion de famille) (si ce post ne me fait pas marquer 3000 points paternels deux semaines avant Noël, je me demande vraiment comment je pourrai obtenir ma panoplie de Zorro…).

Et là, ce fut le drame. Papa, évite de lire la prochaine phrase. En quelques instants s’évanouirent tous mes espoirs de passage éclair au local Erasmus, de retour rapide à l'auberge et, pire, de classification colorée. L’adresse du bureau Erasmus (« Piazzale Aldo Moro, 5 ») se révéla être simplement celle de l’entrée du campus de l’université. « Rien de très grave », me direz-vous, «vous étiez sur la bonne voie : le bureau susdit ne devait pas être très loin ». Et vous auriez raison, bande de petits pédants, de me dédire en susdissant si nous ne nous étions pas trouvés à la Sapienza. Seulement voilà, peut-être avez-vous besoin d'une synthétique description de cette charmante institution : avec 150 000 étudiants et des bâtiments à tous les carrefours de Rome, c’est la seconde plus grande université du monde en terme d’effectifs (pas en termes de moyen, rassurez Harvard et Yale). Pierre, mes gommettes et moi-même n’étions donc pour ainsi dire pas rendus. Un agent de sécurité du bâtiment d’urologie se montra néanmoins bien urbain en nous indiquant l’emplacement de ma faculté. 

Nous déambulâmes donc dans sa direction, entre les édifices mussoliniens et les panneaux d’affichage croulant sous les annonces de colocations. Nous en recueillîmes une multitude, avant de franchir l’entrée de la faculté de « Lettres et Philosophie » (oui, c’est là qu’on trouve le département d’histoire). 

Petite digression sur les annonces de colocation à Rome. Brune y a déjà fait allusion : 97% d’entre elles s’adressent aux filles (rendons grâce aux trois pourcents restant qui m’ont évité la douloureuse perspective d’un changement de sexe). On peut donc voir fréquemment sur les sites de colocation ce genre d’annonces : « Homme de 47 ans recherche colocataire. Annonce réservée aux étudiantes entre 19 et 23 ans ». Nous avons ainsi croisé à La Sapienza deux individus d’une vingt-troisaine d’années, dont l’attitude générale, proche de l’ébriété, révélait avec une certaine clarté leur vie dissolue. Ils agrafaient un peu partout cette affiche : « Recherchons étudiante pour colocation dans une chambre double ». La povera… 

Si, de l’extérieur, « La Sapienza » m’impressionna quelque peu avec ses édifices monumentaux, ses fontaines, ses palmiers et ses plates-bandes presque britanniques, la désolante austérité (euphémisme) de l’intérieur me rappela le familier dépouillement (euphémisme) de Paris-X. Finalement, comme à Nanterre et comme en Chine, seule compte une belle façade. Et comme à Nanterre et comme en Chine, elle se doit d’être recouverte d’affiches communistes (peut-être même plus à Nanterre d’ailleurs que dans toute la Chine, j’attends la réponse de Pierre qui a visité les deux). Mon frère aîné et moi-même nous sentions donc comme deux poissons dans l’eau, repartant, malgré notre condition de poisson, à la pêche aux informations (hu hu hu).

Quel esprit éclairé que celui de mon grand-frère! (je ne désespère pas que la panoplie de Zorro vienne finalement de lui, depuis l'histoire des tickets de caisse non triés) Ayant lui-même fait l’expérience d’Erasmus, qui plus est dans une fac’ italienne, il me prodigua ce sage conseil : « Petit frère chéri, cherche les poubelles de la fac’, tu trouveras derrière celles-ci le local Erasmus, je t’attendrai ici patiemment et allez l’OL » (on reconnaît bien là sa manière de s’exprimer, toute en douceur, en patience et en ferveur olympienne). Il ne se trompait guère : l’itinéraire vers le local ne passait pas par l’entrée principale de l’édifice, entourée d’un cadre bucolique de fleurs, de pins et d’autres réjouissances végétales, mais bien par l’autre côté du bâtiment, à travers l’obscur parking et la pestilence des poubelles.

Le bureau était fermé. 

Posté par bonjourno à 16:39 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Confortable, le lit de Brune

    merci pour le message de cette nuit!! un peu tard mais très gentil.
    je vous renverrais un petit message jeudi pour vous donner les résultats.
    bisous les ritals

    Posté par marine, 11 décembre 2007 à 18:41 | | Répondre
  • Je pense que certains passages seront très sibyllins pour les non initiés et que ta panoplie de Zorro tu peux toujours l'espèrer car en écrivant de telles choses sur l'ordre magnacodepressif de ton cher papa ,tes cadeaux te passeront sous le nez.......à moins que........voyons..... ah si.... il a un billet pour le prochain match de l'OL contre les VERTS et c'est à toi qu'il le destine.

    Posté par Mam, 11 décembre 2007 à 20:01 | | Répondre
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